Sortir de l’apathie pour retrouver l’appétit

L’état de confinement que nous vivons depuis maintenant plusieurs jours est une situation véritablement inédite. Malgré l’inconnue face à laquelle cette décision nous place, pourquoi ne pas, dans la mesure des possibilités et dispositions de chacun et chacune, mettre à profit ce temps imposé. Pourquoi ne pas vivre aussi cette situation comme une aubaine, une opportunité, la possibilité d’une autocritique. 

rUne invitation à observer notre vie, nos choix passés et présents, les relations de dépendances avec les systèmes dans lesquels nous vivons. Cette « état de crise » souligne notre manière d’appréhender le temps. Nous avons la sensation de le perdre, de le voir filer entre nos doigts, in fine de ne pas en avoir assez dans notre vie quotidienne. 

Une aubaine pour penser et rêver la façon dont nous aimerions développer nos relations familiales, amicales et notre relation à nous même. Et pourquoi pas repenser les métiers que nous désirerions exercer, retrouver l’envie de « ne rien faire » sans se sentir coupable, sortir des injonctions sociales, culturelles, individuelles, participer à l’écriture d’un nouveau récit… les possibilités sont nombreuses !

C’est peut être aussi une opportunité pour renouer avec notre curiosité d’enfant, notre capacité à nous émerveiller d’un rayon de soleil printanier, du chant d’un oiseau… Retrouver le goût de l’apprentissage, du développement de nos connaissances utiles et pratiques.

Et pourquoi ne pas en profiter pour visiter notre rapport à notre environnement proche, notre environnement nourricier, notre façon d’habiter là où nous vivons. Prendre le temps d’observer ce qui se trouve à notre portée, sous nos pieds alors que nous n’y prêtons habituellement que peu d’attention.

Depuis 50 ans la Permaculture nous propose de repenser nos organisations, nos sociétés, nos systèmes humains. Des décennies durant, de nombreux évènements ont fissuré nos sociétés en profondeur, avec douleur. Ces évènements sont les conséquences directes de choix (plus ou moins assumés et réfléchis). Un des objectifs a toujours été celui d’accroitre le niveau de confort, en lien avec le développement de la pensée néolibérale. Jamais les choix opérés par nos sociétés dites modernes ont pris suffisamment en compte les nombreuses limites physiques. (limites de la biosphère, ressources non-renouvelables…). La Permaculture attirait  et attire plus que jamais notre attention là dessus. 

Les limites sont donc nombreuses. Une des principales étant la nécessité de nous nourrir. Cela fait donc de la production de denrées alimentaires l’activité première à assurer pour mener à bien notre vie. Notre besoin impérieux est celui de nous nourrir (et de boire) sainement là où nous vivons. Le développement de nos sociétés (organisation économique, sociale, rapport à l’environnement etc…) est intimement lié au choix du modèle agricole que nous choisissons et entretenons.

Forgé par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 1970, la Permaculture entend développer un système de production de denrées alimentaires comme : « un système évolutif, intégré, d’auto-perpétuation d’espèces végétales et animales utiles à l’humain », « une agriculture et une culture de la permanence ».

C’est pourquoi la Permaculture nous invite à faire une place de choix aux plantes pérennes*, vivaces*, bisannuelles* et spontanées, pour une raison assez simple. Contrairement aux plantes annuelles*, ces plantes aux cycles de vie plus ou moins longs (de 2 ans à plusieurs siècles) demandent moins d’attention, moins de soins, moins « d’énergie » pour leur implantation, leur entretien, leur récolte.

,La Permaculture est une science de conception holistique, systémique. Elle est basée sur un ensemble de principes organisationnels et stratégiques. Elle s’intéresse à la fois aux éléments composants un système complexe, et aux interrelations qui existent entre eux. 

Un des principes est celui d’investir le minimum d’énergie possible pour un maximum d’efficacité.

D’un point de vue structurel, nous allons donc concevoir un cadre, un maillage de plantes à cycles longs, au sein duquel nous implanterons des cultures de plantes annuelles (potagères, céréales…). À moyen et long terme, la majorité des productions alimentaires sera assurée par un système complexe de plus en plus autonome et résilient.

Pour aider à édifier ce cadre, le plus facile ne serait-il pas de valoriser les plantes sauvages comestibles ? 

La Permaculture les intègre abondamment pour les raisons suivantes : (liste non exhaustive).

Elles sont les plus adaptées au milieu dans lequel elles apparaissent.

Elles sont spontanées et par conséquent, ne demandent pas de semis et d’attention pour assurer leur cycle de vie.

Elles ne demandent souvent que l’énergie nécessaire à leur récolte et leur transformation pour être consommées.

Elles sont très riches en éléments nutritifs essentiels.

Elles renferment des propriétés médicinales.

Elles sont  présentes sur notre territoire en abondance.

Elles apparaissent dans toutes les strates de végétation (racine, couvre-sol, herbacée, buisson, liane, arbuste et arborée).

Elles vivent pendant de nombreuses années.

Elles révèlent des caractères « bio-indicateurs », des informations sur la nature des sols où elles apparaissent.

En plus des raisons précédentes, elles nous permettent de conjuguer simplement et efficacement plusieurs principes de conception, tels que :

Un élément remplit plusieurs fonctions du système (une plante peut nourrir, soigner, avoir un effet microclimatique, améliorer les qualités des sols…)

Une fonction du système est assurée par plusieurs éléments (alimentation humaine et animale, médecine, plante mellifère, abris pour la faune auxiliaire…).

Intégrer plutôt que séparer.

Maximiser les effets de bordures et des lisières.

En vue de nous aider à développer une plus grande autonomie alimentaire locale, quoi de mieux que de mettre à profit ce qui émerge spontanément ! Cela évite une dépense d’énergie inutile pour tenter d’implanter des espèces mal adaptées à nos conditions pédologiques et climatiques.

Voici donc une liste des plantes rencontrées au jardin « naturel », sur les bords des chemins, en forêt. Leur nombre est impressionnant à cette saison. Profitons en pour apprendre à les reconnaître et les utiliser !

Les plantes suivantes sont observées dans les 79. Cependant nous pouvons les rencontrer fréquemment sur l’ensemble de l’hexagone.

Pour nous aider à les reconnaitre, nous vous recommandons chaudement le livre de Gérard Ducerf : Récolter les jeunes pousses des plantes sauvages comestibles aux Editions du Terran – 24,50 euros.

Cet ouvrage présente 50 plantes sauvages comestibles et les confusions possibles. Les explications accompagnées des photos (reconnaissance nettement plus facile que grâce à des dessins) le rendent clair et accessible, sans connaissances préalables en botanique.

Gérard Ducerf est un botaniste de terrain renommé. Il essaie de rendre accessible au plus grand nombre la reconnaissance végétale et les usages des plantes. Son travail est véritablement inédit. (voir les Encyclopédies des Plantes Bio-indicatrices).

Les plantes ci-dessous sont comestibles crues (salade, jus) et/ou cuites (soupe, potage, omelette, gratin…) en accompagnement des légumes cultivés.

Pour ce qui est des recommandations de cueillette et d’usage des plantes sauvages, nous vous invitons à respecter le précautions d’usage et à bien vous renseigner. Si toutefois vous avez un doute sur une plante, abstenez vous de la récolter et/ou de la consommer.

Alliara petiolata / Alliaire officinale

Arctium sp. / Bardane

Bellis perennis / Pâquerette

Cardamine hirsuta / Cardamine hérissée

Gallium aparine / Gaillet gratteron 

Glechoma hederacea / Lierre terrestre

Lamium purpureum / Lamier pourpre

Lapsana communis / Lampsane commune

Melissa officinales / Mélisse officinale

Valerianella sp. / Mâche sauvage

Malva sylvestris / Mauve sylvestre

Stellaria media / Mouron blanc

Urtica dioica / Ortie dioïque

Rumex acetosa / Oseille

Taraxacum officinale / Pissenlit

Plantago lanceolata / Plantain lancéolé

Viola odorata / Violette odorante

À l’heure où nous écrivons cet article, les végétaux comestibles appartiennent principalement à la strate herbacée. Dans quelques jours, les premières feuilles des arbres comestibles feront leur apparition. (Aubépine, Tilleul, Micocoulier, Érable sycomore…).

* Plante annuelle : Plante qui réalise son cycle de vie sur plusieurs mois. De la germination de la graine à la production des fleurs puis des fruits (contenant les futurs graines) Ex. Tomate, poivrons, laitue…

* Plante bisannuelle : Qui réalise son cycle de vie sur 2 ans. Ex. Le persil…

* Plante vivace : Plante qui vit plusieurs années. Généralement en hiver la partie aérienne disparait et réapparait au printemps. Ex. Rhubarbe…

* Plante pérenne : Caractérise les végétaux ligneux dont la partie aérienne ne disparait pas en hiver. Ex. Les arbustes, les arbres.

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