Vous avez dit Agriculture de Régénération ?




[Le 11/04/19 par Association A.R.T]

Formalisée par Mark Shepard, agriculteur du Wisconsin aux USA il y a plus de 25 ans, cette méthodologie démontre qu’il est possible de modéliser des alternatives aux systèmes de productions agricoles conventionnels.

Pour comprendre de quoi nous allons parler un saut dans le temps s’impose.

Il y a 10 000 / 12 000 ans les humains ont fait le choix de se sédentariser. Nous n’évoquerons pas ici les raisons possibles de ce choix. Leur régime alimentaire de nomade, issu du glanage et de la chasse s’est peu à peu orienté vers la production agricole de plantes annuelles (céréales, oléagineux, protéagineux, légumes…) et d’animaux d’élevage. La majorité des denrées végétales que nous consommons quotidiennement sont issues principalement de ces productions : Annuelles !

Notre choix, presque partout sur la planète est de cultiver des plantes à cycle de vie court. Le gros avantage des plantes annuelles est que, n’importe qui peut semer des graines sur un sol nu et si tout va bien, récolter une production. La seconde caractéristique est que les graines peuvent conserver leur nature comestible et leur pouvoir de germination pendant des années. Les plantes annuelles sont de vraies opportunistes. Elles poussent sur de nombreux types de sols et dans de nombreuses conditions différentes. Cela les rend très utiles, voire indispensables.

Mais, de part leur nature, ces plantes ont besoin de pousser dans des sols dénudés ! Dans les cycles naturels, elles sont parmi les premières plantes à coloniser des sols qui ont subit des perturbations. Peu importe où nous nous trouvons sur la surface du globe, la nature tend à couvrir les sols nus, perturbés, érodés : « La nature a horreur du vide ».

La culture de ces végétaux rend les systèmes de production extrêmement fragiles et très gourmands en énergies* pour tenter d’obtenir des productions. Chaque année la majorité des agriculteurs, paysans, fermiers, doivent recommencer les même tâches. Les sols laissés à nu plusieurs mois par an, s’érodent, se vident de « vie » ! Cela se déroule ainsi depuis la naissance de l’agriculture, peu importe le niveau de technicité et le degrés d’innovation. Alors que de de nombreuses pratiques culturales différentes existent.

Cette manière de faire, monolithique, est notre héritage. Elle éloigne de nous la possibilité de réfléchir à d’autres manières de produire des aliments sains dans des conditions proches du mode de fonctionnement des écosystèmes naturels, peu ou pas dégradés par les activités humaines. C’est là le point focal qui nous intéresse.

Revenons maintenant à notre agriculteur. À la suite de 3 années d’intempéries destructrices, Mark Shepard a changé profondément de regard sur l’acte de « produire » des denrées alimentaires. De facto, son système de production de plantes annuelles a montré sa fragilité et sa non résilience. Inspiré sur le plan philosophique par le courant de l’agriculture naturelle de Masanobu Fukuoka*, la Permaculture de Bill Molison & David Holmgren ainsi que les systèmes en agroforesterie*, il a modifié en profondeur les 42 ha de sa ferme.

M.S. est passé d’une succession de cultures de plantes annuelles à un modèle qui s’appuie sur des espèces pérennes* et vivaces* comestibles. 97% de la surface de sa ferme est consacrée à de la production en polyculture-élevage. Les 3% restants étant utilisés pour la culture de plantes annuelles. Il a donc développer une organisation basée sur l’observation du modèle « naturel » le plus diversifié et productif : La savane plantée de chênes.

Voici le modèle d’un champ type de 4000 m2 proposé par M.S.

9 rangs de plantes ligneuses comestibles, séparés par des allées larges de 7 mètres.

Chaque rang serait planté comme suit :

5 rangs de châtaigniers espacés de 3,65 mètres les uns des autres.

Entre 2 châtaigniers, une rangée de groseilliers distant de 60 cm sur le rang.

Un pied de vigne palissé contre le tronc de chaque châtaignier.

4 rangs de pommiers et de noisetiers.

Les pommiers sont plantés tous les 7,30 mètres.

Les noisetiers sont implantés entre les pommiers tous les 1,20 mètres.

Des framboisiers plantés au sud des précédents tous les 60 cm.

Des pieds de vigne palissés contre chaque pommier.

Ce qui fait un total de :

86 châtaigniers / 34 pommiers / 120 pieds de vigne / 416 framboisiers / 520 groseilliers.

L’ajout d’animaux de pâture sur cette même surface est envisagé. Ils ont pour vocation à entretenir le site, tout en assurant des productions. S’il ne sont pas présent, le travail d’entretien incombe à l’humain.

Ci-dessous un tableau comparatif des valeurs nutritionnelles des différentes productions. Imaginons la différence de qualité nutritionnelle de la production issue d’1 ha de maïs, comparée à 1 ha de culture diversifiées. Cela a de quoi interpeller. (Source USDA*)

De plus, avec le temps, la mise en place d’un tel système requiert de moins en moins d’investissements en énergies pour fonctionner, d’autant qu’il est faiblement mécanisé. Les dépenses énergétiques restantes à assurer, ne sont pas de la même nature que celles nécessaires à un système « conventionnel » lourdement mécanisé. Ce dernier au contraire va voir ses investissements et charges de fonctionnement augmenter année après année, alors même que son patrimoine écologique (sol, flore, faune, eau…) se dégrade irrémédiablement.

L’AR nous permet :

De développer des modèles de production agricole hautement diversifiés.

Créer des modèles résilients et performants.

Concevoir une agriculture en lien avec le territoire, le contexte local.

La commercialisation en circuits courts ou directe de denrées brutes et transformées.

D’assurer une souveraineté alimentaire locale.

De penser autrement notre rapport à l’alimentation.

D’agrader* notre environnement immédiat.

De modeler le paysage en préservant et en améliorant les ressources.

Envisager l’AR dans une logique de transition d’un modèle de production vers un autre, parait pertinent. Implanter de tels systèmes requiert du temps, parfois beaucoup de temps. Cela est souvent incompatible avec des contraintes économiques, si nous raisonnons sur le court terme. Une nouvelle fois, réfléchir à l’avenir nous impose de penser à des logiques de développement durable, à des visions à moyens et longs termes.

L’Agriculture de Régénération peut nous permettre de concilier, la préservation de l’environnement avec le renforcement d’un maillage social territorial et le développement d’une stabilité économique.

Les photos et le tableau sont tirés du livre de Mark Shepard.

Pour aller plus loin  :

Ouvrage : Agriculture de Régénération / Mark Shepard / Éditions Imagine un Colibri (22€)

Internet : https://www.youtube.com/watch?v=RePJ3rJa1Wg&t=308s

*Energies : pétrole, mécanisation, argent, temps, biomasse…

*Masanobu Fukuoka : (1913-2008) Agriculteur Japonais qui a développer « l’agriculture du non agir », l’agriculture naturelle. Il a démontrer qu’il était possible de produire autant, voire plus que le système de production agricole conventionnel, sans dégrader les ressources naturelles.

*Agroforesterie : Il s’agit de la culture associée d’arbres, de cultures diverses et d’animaux sur la même parcelle.

*Plantes pérennes : Plantes dont le cycle de vie dure plusieurs années et dont la partie aérienne est visible en hiver (ex. pommier, noisetier, chêne…).

*Plantes vivaces : Plantes dont le cycle de vie dure plusieurs années et dont la partie aérienne est invisible en hiver (ex. rhubarbe, menthe…).

*USDA : United States Department of Agriculture.

*Agrader :  A l’opposé de la dégradation, soit l’amélioration; par exemple d’un sol…

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